Chronique de la pensée multiple
Par Valéry Giscard d'Estaing le jeudi 1 mai 2008, 12:04 - Débats - Lien permanent
Par Valéry Giscard d’Estaing, parue dans LE POINT daté du 1er mai 2008.
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Par Valéry Giscard d'Estaing le jeudi 1 mai 2008, 12:04 - Débats - Lien permanent
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Commentaires
Sur le scandale des "subprimes" et la monnaie de réserve.
La crise monétaire actuelle se manifeste de manière visible dans la crise des "subprimes". La chute du dollar en est aussi un signe. Mais il ne faut pas confondre le déclencheur de la crise et sa cause. Bref l'enchaînement chronologique n'est pas un enchaînement logique.
C'est avant tout une faillite du système financier international à laquelle on assiste. Il ne suffirait pas de changer de monnaie de réserve. Les questions importantes sont celles des variations de la valeur des monnaies, de la possibilité par des groupes financiers de détruire l'économie des pays entiers. Il faut des régles internationales pour interdire la spéculation sur les monnaies, sur les produits spéculatifs "dérivés", sur la nourriture, sur l'eau.
Enfin, pourquoi est-ce que les pays industrialisés et développés après des siècles de pillages des ressources naturelles des pays colonisés, croulent-ils aujourd'hui sous des dettes incroyables? Où sont les richesses? Rien ne sert de donner encore plus de pouvoir à des organismes internationaux ou mondiaux s'ils sont contrôllés par les même intérêts que ceux qui ont créé ce fiasco.
Il est temps aussi que les citoyens s'intéressent au fonctionnement du système et commencent à demander des comptes.
Jean-Marc (votre 1er mai).
Voici des commentaires de profane suite à vos propres commentaires (je ne connais pas bien l'économie, et j'ai un peu honte de m'exprimer sur ce sujet sachant qui est l'auteur de ce blogue...) .
D'abord, il me semble que nous n'avons pas à changer la monnaie de réserve. Le changement a déjà commencé naturellement il y a un ou deux ans. La Chine et le Japon modifient lentement et aussi discrètement que possible la composition de leurs réserves.
Ensuite, il me semble que quelque chose de beaucoup plus important est à l'oeuvre qu'une simple question d'ajustement des mécanismes monétaires ou financiers.
Le fait est que les États-Unis vivent depuis de nombreuses années (depuis la guerre du Viet Nam ?) aux crochets des autres pays, développés et en développement.
Ce subventionnement permanent des États-Unis, lié à une politique hégémoniste très coûteuse, était possible tant qu'on croyait en la toute-puissance militaire des EUA. L'issue de la guerre du Viet Nam avait jeté quelques doutes. Le déroulement de l'affaire d'Iraq (et de l'affaire d'Afghanistan) n'en laisse subsister aucun : à moins de recourir à l'arme nucléaire (ce qui serait presque - mais pas tout à fait - impensable contre un État non doté de l'arme nucléaire), les États-Unis n'ont pas les moyens d'occuper durablement et profitablement un pays, même de taille moyenne, qui serait décidé à lui résister.
Cette déperdition de puissance militaire entraîne forcément une déperdition de puissance financière - autrement dit, de la capacité d'endettement : on ne prête qu'aux riches ou à ceux qui pourraient le devenir ou le redevenir.
Dans ces conditions, le dollar ne peut que continuer à baisser.
Les gouvernants américains sont conscients de cette situation, dont leur pays ne pourrait sortir que par des chamboulements à l'échelle mondiale.
D'où je conclus (avec d'autres : je n'ai pas trouvé ça tout seul) que nous entrons dans une période critique - sans doute la plus critique depuis l'affaire des missiles de Cuba - , et que des actes de désespoir (le bombardement de l'Iran, par exemple) ne sont pas totalement à exclure, même dans les mois qui viennent : les récents propos publics de la candidate démocrate Clinton sur la capacité qu'aurait son pays d' "oblitérer" l'Iran en sont un signe.
Du reste, en général, je ne fais aucune différence, du point de vue de l'hégémonisme américain, entre les Démocrates et les Républicains. JR
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@Crise financière, économique:
merci de votre commentaire, Je crains que les guerres menées par les Etats-Unis, comme toutes les guerres récentes ne soient pas faites pour être gagnées. Les guerres servent avant tout à modifier la société des pays en guerre. Pendant que les regards se portent sur l'Irak, ou sur l'Iran, les occidentaux oublient de regarder ce qui se passe chez eux.
Quant au dollar, sa valeur va probablement être diminué de moitié par rapport au niveau de 2005 avant qu'une solution de sauvetage soit proposée, comme inévitable. M.Giscard qui a participé à la Commission Trilatérale doit être mieux renseigné sur l'avenir des États-Unis dans le monde tripartite qui se dessine, à moins que bien sûr que tous les évenements auxquels on assiste soient le fruit du hasard.
M. D'Estaing, question sur un autre sujet.
Pourquoi la France ne veut elle pas ratifier la charte européenne des langues régionales et minoritaires ?
Si le système scolaire français privilégie le monolinguisme francophone, je pense que l'apprentissage de plusieurs langues est un atout essentiel pour donner une éducation sur la diversité du monde.
C'est une richesse que nous avons en plus, alors il serait dommage de perdre cela.
On sait aujourd'hui dans le detail ce qui s'est passé, l'origine de cette crise financiere . Et j'aimerais connaitre votre reaction face aux veritables responsabilités.
En effet, il est prouvé que Goldman Sachs, poursuivi par la SEC jusqu'à la conclusion d'une amende de 550 M dollars dernièrement, a créé simultanément la titrisation des credits subprime et le CDS associé dont le Hedge Fund Paulson avait besoin pour jouer la baisse du marché immobilier. L'origine de la crise financière que nous vivons est simplement le produit d'un contexte de taux bas favorisant une bulle immobiliere et de la cupidite d'un acteur financier (Paulson) qui, des 2006, a percu une opportunité de gain en jouant la baisse des marchés immobilier. Goldman Sachs a repondu a sa demande d'un produit financier (CDS ), avec un interet non dissimulé, tout en assurant la promotion commerciale des titres basés sur les subprimes.
l'amende payé par GS est derisoire face aux prejudice financier à l'economie américaine et mondiale. GS realise avec ses ordinateurs programmés 50% des transactions de wall street et les creances douteuses ont atteint 2000 milliards de dollars dans le monde suite à cette crise.
GS meriterait de payer pendant 50 ans un taxe egale à 20% de ses benefices qui financera des organisations internationales comme l'ONU , l'UNESCO, L'OCDE, l'OMC. Qu'en pensez vous ?
ce qui est par ailleurs decevant, c'est que GS a confié à un collaborateur francais , centralien, Fabrice Tourre, la conception mathematique du produit de titrisation des subprimes. Il etait , d'ailleurs conscient dans ses mails, d'avoir créer un produit aux risques cachés, surévalué par les agences de notation.