Discours devant la Commission des Affaires Constitutionnelles du Parlement européen
Par Valéry Giscard d'Estaing le mardi 17 juillet 2007, 20:03 - Lien permanent
J'étais ce matin au Parlement européen à Bruxelles, où j'ai exprimé devant les membres de la Commission des affaires constitutionnelles (AFCO) mon point de vue sur le mandat donné par le dernier Conseil européen à la CIG. Le Président de l'AFCO, l'allemand Jo LEINEN, s'est voulu rassurant: le nom de la commission demeure inchangé malgré l'éloignement, dans le mandat, du concept de 'Constitution'. Vous trouverez ci-dessous mon intervention.
Je remercie le Président de la Commission des Affaires constitutionnelles, et ses membres de leur invitation à échanger nos réflexions sur les travaux de la prochaine Conférence intergouvernementale.
En le faisant, le Président Leinen a certainement pensé à ma qualité d’ancien Président de la Convention européenne.
Je ne parle pas en son nom, parce qu’elle ne s’est pas réunie, et d’ailleurs, vous comptez parmi vous d’éminents membres de la Convention européenne, que je salue.
Mais le projet de mandat fait de constantes allusions au texte de la CIG de 2004, qui s’inscrit elle-même dans le sillage de la Convention, ce qui nous autorise à présenter certaines réflexions sur le mandat de la CIG.
On a beaucoup insisté sur la « nouveauté » de la décision du Conseil
En réalité, c’est le processus lancé par la Déclaration de Laeken, les 14 et 15 Décembre 2001 qui se poursuit. C’est le même Conseil qui a approuvé la Déclaration de Laeken :
- convoqué la Convention européenne, - approuvé en Mai 2003 ses propositions, - conclu à l’unanimité la CIG de 2004, - et appelé à la ratification du projet de Traité.
Ce processus a été dérouté par les deux référendums négatifs en France et aux Pays-Bas
et par l’opposition nouvelle de la Grande-Bretagne et de la République Tchèque. Mais il ne faut pas se tromper : le processus reste le même : plus de 90 % des termes figurant dans le mandat proviennent de la Convention européenne ou de la CIG de 2004.
L’inspiration européenne de ce mandat est en retrait par rapport à la Déclaration de Laeken sur deux points importants :
A. Alors que la Déclaration de Laeken posait la question : « cette simplification et ce réaménagement ne devraient-ils pas conduire à terme à l’adoption d’un texte constitutionnel ? Quels devraient être les éléments essentiels d’une telle Constitution ? ».
Le mandat de la CIG réplique sèchement : « le concept constitutionnel qui consistait à abroger tous les traités actuels pour les remplacer par un texte unique appelé Constitution est abandonné ». Et le mandat développe plus loin ces points en précisant : « les traités n’auront pas de caractère constitutionnel. » La terminologie qui y sera utilisée reflètera ce changement : le terme « Constitution » ne sera pas utilisé. Et le texte va jusqu’à affronter le ridicule en indiquant que « les traités modifiés ne contiendront aucun article mentionnant les symboles de l’Union européenne, tels que le drapeau, l’hymne ou la devise ».
D’où viennent ces propositions ? Je n’ai entendu aucune déclaration des partisans du « non » en France, réclamant la disparition du drapeau de l’Europe. D’où viennent ces propositions ?
B. Le deuxième retrait par rapport à Laeken porte sur la « dispersion » des traités. La Déclaration : « L’Union européenne fonctionne actuellement avec quatre Traités. Les objectifs, les compétences et les instruments politiques de l’Union se trouvent dispersés dans l’ensemble de ces traités. Si l’on veut plus de transparence, une simplification est indispensable ».
Or le mandat de la CIG propose de remplacer le Traité institutionnel par trois Traités :
un Traité dit « modificatif » - nom peu exaltant - qui devra être ratifié, et qui introduira des changements dans deux Traités existants, qui seront conservés, quoi que profondément modifiés, sans que cela appelle, semble-t-il, de ratification. C’est d’ailleurs un point qui sera contesté.
Le Traité de Rome deviendra - et je le dis avec un peu de mélancolie - le « Traité sur le fonctionnement de l’Union », et sera dépouillé de la partie institutionnelle, qui faisait sa remarquable originalité.
A l’inverse, le Traité de Maastricht, ratifié par référendum en France, deviendra le « Traité sur l’Union européenne. Les dispositions concernant l’Union économique et monétaire qui en constituent l’essentiel seront déménagées en direction du Traité de Rome, sans que ceci appelle, semble-t-il, de ratification.
Les citoyens européens auront à naviguer entre ces deux Traités, et le « Traité modificatif », sans qu’on aperçoive de distinction évidente.
Ainsi la demande de « simplification » du Traité constitutionnel – texte unique – aboutira à trois Traités différents. Si on en additionne la longueur de ces trois Traités, il apparaît que celle-ci sera supérieure au texte issu de la CIG de 2004, et donc que l’espoir de simplification ne sera pas réalisé.
Il est d’ailleurs intéressant d’attirer l’attention sur un fait curieux : l’on entend souvent affirmer que l’Europe serait trop éloignée des citoyens, ce qui n’est pas faux. Mais si vous regardez les sondages, comme par exemple le dernier Eurobaromètre publié en juin 2007, vous constaterez que les citoyens répondent aux questions mais que leurs réponses ne sont pas prises en compte.
Ainsi, 78 % des Européens interrogés affirment que le drapeau européen est une bonne chose. L’idée d’une Constitution recueille également un soutien majoritaire presque partout dans l’Union (66 %), y compris en France (68 %). Et cela est ignoré. Phénomène curieux dans une société où l’audiovisuel prime pourtant sur le politique.
Aussi, on peut s’interroger, et ce point intéresse votre Commission, sur l’origine de la proposition d’établir deux Traités.
Elle ne vient pas de la Présidence allemande : hommage à sa compétence, sa persévérance et son ouverture d’esprit.
J’ai relu toutes ses déclarations : Angela Merkel n’a jamais parlé de deux Traités.
- pas des demandes françaises qui portaient sur un mini Traité, puis un Traité simplifié, évidemment unique : les deux premières parties, et une troisième partie allégée,
- pas de la Commission, ni du Parlement qui n’ont pas fait de proposition dans ce sens.
En réalité, c’est la reprise par le Secrétariat du Conseil d’un ancien projet, antérieur à Laeken, consistant à avoir deux Traités : l’un contenant les dispositions fondamentales, pratiquement intouchables, et l’autre reprenant les dispositions secondaires, qui seraient plus faciles à réviser.
Il ne semble pas que ce soit le cas pour les deux Traités qu’on nous propose.
- il y a des dispositions fondamentales dans les deux :
- le Traité de Rome cesse d’être fondateur, mais il conserve des dispositions fondamentales, telles que les règles de concurrence, et le commerce international, et reçoit les articles qui établissent l’Union économique et monétaire, qui ont été ratifiés dans le Traité de Maastricht. Par rapport à la CIG de 2004, il connaîtra, en plus, 24 modifications ;
- le Traité sur l’Union européenne hérite, de son côté, du dispositif institutionnel qui figurait dans le Traité de Rome, depuis Rome jusqu’à Nice.
Quant aux procédures de révision, il semble que ce soit exactement les mêmes pour les deux Traités. Ce sont d’ailleurs celles qui ont été proposées par la Convention européenne.
Les deux Traités sont d’égale valeur juridique. Pourquoi pas un seul Traité, en deux parties ?
Je crois que la seule raison est qu’il ressemblerait trop au Traité constitutionnel, dont on cherche à effacer l’image.
Venons-en, en effet, au contenu :
Les innovations par rapport au texte de 2004 sont très limitées, et souvent plus apparentes que réelles :
Exemple : les services publics. Texte non modifié, mais addition d’un protocole, qui aurait pu être ajouté au Traité constitutionnel.
- la primauté du droit communautaire. Article supprimé, mais contenu repris à l’identique par une « déclaration de la Conférence » ;
- la référence à la « concurrence libre et non faussée » disparaît du nouvel Article 3 (on satisfait ainsi le corps électoral) mais un protocole annexé aux Traités précise que « les hautes parties contractantes, compte tenu du fait que le marché intérieur défini à l’Article 3, comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée, …. sont convenues que l’Union, à cet effet, prend si nécessaire des mesures…
D’autres propositions concernent le rôle des Parlements nationaux dans le contrôle de l’application du principe de subsidiarité. Elles sont modestes, mais vont dans la bonne direction, en s’inscrivant dans la ligne tracée à la Convention européenne par votre collègue Mendès de Vigo. Il est particulièrement qualifié pour les analyser.
J’en viens au cœur du sujet : les propositions institutionnelles figurant dans la première partie du Traité constitutionnel.
Le mandat est bref, mais précis à leur sujet : les dispositions constituent le titre III du nouveau Traité sur l’Union européenne. On en reste au texte adopté par la CIG de 2004, qui reprenait les propositions de la Convention européenne.
Le mandat les énumère :
le Parlement européen – nouvelle composition,
le Conseil européen ; transformation en une institution, et création de la fonction de Président stable ;
le Conseil : institution du vote à la double majorité, et changement apporté au système de présidence semestrielle ;
la Commission européenne : nouvelle composition, et renforcement du rôle du Président ;
le Ministre des Affaires étrangères de l’Union : création de la nouvelle fonction, dont la dénomination devient : Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.
Sur tous ces points, le texte de la CIG de 2004 devra rester inchangé.
***
Cette rapide analyse du texte montre que les innovations portent essentiellement sur la présentation :
Plusieurs Traités au lieu d’un seul, renoncement à la présentation d’un document constitutionnel,
Mais que le contenu des propositions de la Convention européenne, et de la CIG de 2004, reste pratiquement inchangé, avec des rectifications mineures, prenant souvent la forme de protocoles.
Le travail à accomplir désormais au sein de la CIG, et auquel vos éminents représentants pourront contribuer, de manière décisive,
- c’est que la CIG ne s’écarte pas de son mandat, sous l’effet de manœuvres ou de combats d’arrière-garde,
- et que le texte respecte scrupuleusement celui des Articles de la CIG de 2004, chaque fois que le mandat le prescrit.
Si ce résultat était obtenu, sur le long parcours du processus de Laeken, la forme aurait été modifiée - en bien ou en moins bien (ce qui était difficile à comprendre sera désormais impossible à comprendre…) mais la substance aura été préservée.
Or c’est cette substance qui donnera ses meilleures chances à la poursuite de l’Union de plus en plus étroite de l’Europe.
V. Giscard d’Estaing

Commentaires
Comme toujours j'apprécie votre indéniable intelligence qui force l'admiration. Ca ne veut pas forcément dire grand chose parce que vous vous situez dans l'action, mais il est important pour moi de vous le dire.
Votre intervention, comme le cadre qui lui est très bien appliqué, ne m'empêche pas une certaine prise de distance: qu'attendez-vous de nous ? Ou plutôt comment puis-je vous apporter quelque chose. Ce blog est un bel exercice de transparence (malgré quelques améliorations techniques qu'il faudrait y apporter selon moi) et qui vous permet sans doute une mise à plat de votre réflexion. Il n'empêche que je ne vois pas poindre de projet particulier à ce niveau.
Je tiens à vous dire que je suis partant. Votre approche me plait et même si je ne suis certainement pas de votre avis sur de nombreuses choses je veux participer. Certes j'ai fini par ne pas être d'accord avec le projet de constitution mais j'ai suivi au maximum tous les travaux et j'étais très enthousiaste. En réalité je le suis toujours... simplement je n'ai aucune expérience politique et je veux plus (génération 80, culture de masse, il y aurait tant à dire). Je n'ai pas appris, mais c'est personnel, à être patient, simplement à faire durer l'impatience.
Que pouvons-nous faire ensemble ? Quelle force peuvent représenter les lecteurs de ce blog ? Et, finalement, comment voyez-vous la structuration de la nouvelle intermédiation que propose l'internet ?
Avez-vous construit un réseau social par exemple (ning par exemple) ? Proposez-vous un wiki qui élaborerait des textes ou des déclarations en ligne avec d'autres hommes politiques européens ? Aujourd'hui et ici, finalement, nous sommes en face d'un homme seul, même s'il est brillant. En tous cas c'est l'impression que j'en ai. Et si je ne suis pas forcément de votre bord sur tout vous m'enthousiasmez bien souvent mais cela reste très personnifié. Alors j'ai pensé inventer justement une personnalité multi-identitaire (ce n'est pas vous, j'ai choisis une femme) qui permettrait en amont de fédérer les énergies mais j'ai bien peur que ce projet n'aboutisse pas.
Bonjour, j'ai fait un lien sur RELATIO. Cette intervention doit rester un texte de référence. Salutations respectueuses
Vous concluez :"...la substance aura été préservée.
Or c’est cette substance qui donnera ses meilleures chances à la poursuite de l’Union de plus en plus étroite de l’Europe."
Je déduis de la lecture de votre analyse que le nouveau texte ne change rien d'essentiel par rapport au texte que les Français ont rejeté, même pas le principe de "libre concurrence non faussée" pourtant supprimé à un endroit mais apparemment pas dans tout le texte, et qu'il ouvre les mêmes perspectives que l'ancien.
Les Français apprécieront...
Je note que ce qui serait (est ?) un tour de passe-passe de Sarkozy ne vous pose aucun problème d'éthique politique mais c'est sans doute parce que l'éthique en politique n'existe pas.
Les Jeunes européens France et l'Union européenne des fédéralistes - France ont vivement réagi aux décisions des chefs d'Etats et de gouvernements, notamment à propos de l'abandon de l'objectif constitutionnel. Voici un lien vers une tribune commune de ces deux organisations européennes:
http://www.taurillon.org/Aujourd-hu...
Salutations respectueuses,
David Soldini
Vice président de l'UEF France
Monsieur le Président,
Pourquoi s'échiner à inserer coûte que coûte le terme "constitution" (ou ses dérivés), pour un traité qui visiblement n'est pas une Constutition.
La constitution est par définition le propre d'un Etat non?
A mon sens, on pourrait parler de Charte (voir Grande Charte) , Traité refondateur, Traité Organisateur... Les termes ne manque pas pour donner une touche plus "solennelle".
Monsieur Le Président,
J'ai failli mais je ne desepére pas vous rencontrer à Estaing où dans les environs.
Je veux simplement vous remercier de ce que vous avez fait pour la France, pour l'europe, pour l'Auvergne, et pour la chateau d'Estaing.
Bonjour Valéry,
C'est bien de défendre votre beau texte... Malheureusement il est mort et non pas seulement comme vous le prétendez parce que les français ont voté contre Chirac, mais surtout parce qu'ils ont cru, à cause de Diafoirus divers qu'ils pourraient avoir mieux!
Maintenant, il faut relancer le processus. L'accord obtenu récemment n'est pas miraculeux, je vous l'accorde, mais il existe et on ne peut pas remettre en route autrement la machine européenne!
Bien cordialement,
http://mitterrand.2007.over-blog.co...
"CONSTITUTION'
@ Juris (votre no 5 du 18 juillet).
S'il est vrai que le terme "constitution" est le plus souvent employé en rapport avec des États, il s'applique aussi aux organisations intergouvernementales : l'Organisation internationale du Travail et l'Organisation mondiale de la santé ont des "constitutions".
L'UE reste une organisation intergouvernementale, et le terme "constitution" est tout à fait approprié dans son cas aussi.
C'est jouer sur les mots en faisant semblant de confondre le contenant et le contenu que de dire que le TCE n'était pas une constitution. Le traité lui-même n'était pas la constitution de l'UE, mais il contenait les dispositions constitutionnelles qui se seraient appliquées à l'UE s'il avait été ratifié (d'où son titre parfaitement clair).
Les constitutions (sauf les coutumières) n'arrivent pas par génération spontanée : il faut un acte juridique - loi, charte royale, proclamation de dictateur. Vous reconnaîtrez sans doute que ce qu'une proclamation de dictateur peut faire, un traité peut le faire à plus forte raison.
D'ailleurs, comme vous le laissez entendre vous-même, les mots importent peu, c'est la substance qui compte.
D'où il résulte que le futur "traité modificatif", aussi imparfait serait-il, introduira bel et bien une constitution de l'Union européenne même s'il ne le dit pas.
Si ça se trouve, c'est cet instrument qui nous régira pendant les 50 années à venir - bien qu'il ait la mine d'être provisoire. JR
[Le texte ci-après remplace le texte correspondant envoyé hier (18 juillet) mais non encore publié.]
L’INTERVENTION DU PRÉSIDENT GISCARD D’ESTAING constitue une précieuse mise au point.
Je me permettrai les commentaires suivants :
1) INTITULÉ DU FUTUR TRAITÉ. Comme on sait, « traité » est un terme générique couvrant tout accord entre deux États au moins, quel que soit son titre spécifique (« traité », « accord », « protocole », « échange de notes », « avenant », « modifications », etc.).
J’imagine que le traité adopté par la future CIG s’intitulera « traité modifiant le traité sur l’Union et le traité instituant la Communauté européenne ».
Tous les traités institutionnels antérieurs sont en fait des « traités modificatifs » du traité de Rome et du traité de Maastricht.
Ce n’est là qu’un détail.
2) POUVOIRS DE LA FUTURE CIG
J’ai bien pris note de la réponse séparée du Président Giscard d’Estaing à ce sujet.
En effet que la CIG risquerait l’échec si elle s’écartait du « projet de mandat » établi par le Conseil européen.
Il reste que le Conseil européen, bien que composé en fait des mêmes acteurs que la future CIG, n’est pas, contrairement à ce qui sera le cas de cette dernière, une conférence de plénipotentiaires.
Le mandat définitif de la CIG résultera des pouvoirs que chaque représentant à la CIG détiendra de l’État membre qu’il représente. Dans la plupart des cas, sinon tous, ces représentants seront les chefs d’État ou de gouvernement et les ministres des affaires étrangères : ceux-là n’ont pas besoin de pouvoirs écrits car ils engagent l’État concerné sur leur simple signature : ce sont eux qui arrêteront le mandat définitif de la CIG et c’est exclusivement de leur décision que dépendra l’accord définitif.
Dans ces conditions, il ne faut pas écarter l’hypothèse que la CIG s’écarte du « projet de mandat » et de l’« invitation » établis par le Conseil européen, et l’échec de la CIG est possible.
3) POURQUOI DEUX TRAITÉS (L’UN SUR L’UNION, L’AUTRE SUR SON FONCTIONNEMENT) AU LIEU D’UN SEUL TRAITÉ EN DEUX PARTIES ?
Oui, on a certainement voulu voulu effacer l’image d’un traité constitutionnel, et je pense que cette volonté a son siège outre-Manche.
Néanmoins, le fait que la Communauté disparaisse au bénéfice d’une seule entité internationale, l’Union, est d’après moi positif. L’existence de la Communauté à côté de l’Union constitue un facteur de complication et d’intransparence.
La complication apparente résultant de l’existence de trois traités (traité modificatif, traité sur l’Union, traité sur le fonctionnement de l’Union) est susceptible d’une solution assez simple : la codification.
L’organe compétent de l’Union (le Conseil européen, je suppose) pourrait adopter un document officiel interne reproduisant en deux parties les dispositions de fond des deux traités, sans les clauses formelles (préambule, clauses finales, etc.).
Cette codification permettrait du même coup de rapatrier dans l’ordre juridique interne de l’Union les clauses contenues dans les traités, qui relèvent pour le moment de l’ordre juridique externe.
La Commission produit déjà des textes dits « consolidés » des traités UE au fur et à mesure de leur adoption. Totuefois, ces versions consolidées reprennent toutes les dispositions des traités antérieures, y compris les clauses formelles – d’où des anachronismes (notamment le maintien dans le traité consolidé du lieu et de la date de conclusion du traité originel). De plus, elles sont officiellement décrites comme « des outils de documentation qui n’engagent pas la responsabilité des institutions ».
Le document officiel dont je parle se présenterait comme un document officiel unique récapitulant toutes les dispositions de fond des traités applicables à l’Union (moins les clauses formelles/finales - préambule, blocs-signature, &)..
4) QUELLES CLAUSES DU TCE SERONT REPRISES ?
Pour en être sûr, il faudra attendre le projet de traité modificatif de la Présidence portugaise.
De cette question dépend (à mon avis) celle de savoir si le prochain traité modificatif met en cause la décision référendaire prise par le peuple français le 29 mai 2005 et doit donc lui-même être soumis au référendum.
Pour ma part, j’avais trois grandes raisons de dire « non » au TCE :
1) Il contenait des clauses de politique économique, commerciale et autres qui n’avaient pas leur place dans une vraie constitution – laquelle ne doit porter que sur l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics (nationaux, européens) ;
2) Il assujettissait l’Union européenne à l’OTAN en disposant (art. I-41-2, deuxième alinéa) que « la politique de sécurité et de défense commune de l’UE est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans le cadre de l’OTAN » ;
3) La reproduction de la Charte des droits fondamentaux dans le TCE entraînait une « désuniversalisation » - c’est-à-dire l’amoindrissement – des droits de l’homme notamment en raison d’une référence explicite à la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948.
Je reconnais volontiers que sur le point 3) mon opinion n’est probablement pas celle de la majorité, et que cette question n’a de toute façon joué qu’un rôle minime dans le « non » du 29 mai 2005.
Par contre, j’estime que les points 1) et 2) touchent à des aspects important de la construction européenne. Si le futur traité modificatif reprenait sur ce point les clauses du TCE, cela, à mon sens, mettrait en cause la décision référendaire du 29 mai 2005 : il conviendrait alors (selon moi) de soumettre le nouveau traité à référendum.
5) UNE MODIFICATION DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE S’IMPOSE DE TOUTE MANIÈRE AVANT RATIFICATION DU FUTUR TRAITÉ MODIFICATIF
L’article 88-1, deuxième alinéa, de la Constitution de 1958 dispose que « la République peut participer à l’Union européenne dans les conditions prévues par le traité établissant une Constitution pour l’Europe signé le 29 octobre 2004 ».
Il est entendu que cet alinéa (« peut participer ») a un caractère optionnel ou hypothétique. Mais du moment qu’on avait jugé bon d’envisager dans la constitution la participation au TCE, la logique voudrait qu’on y envisage aussi la participation au traité modificatif, ou alors qu’on supprime la référence actuelle au TCE.
La révision de la Constitution se fait, comme on sait, aux trois cinquièmes des suffrages exprimés par le Parlement réuni en congrès. JR
C'est vrai je pense que l'union européene a besoin de la personalité juridique, comme l'ONU.
Et puis c'est vrai, la charte des droits fondamentaux c'est un peu du bidon. Ca c'est le role de la CEDH, et du Conseil de l'Europe.
Par contre, sur l'OTAN, je trouve qu'il est normal d'entretenir de bon rapport au niveau militaire avec les ricains. Bien sur, il ne faut pas s'assujetirent comme certains, et il nous faut vendre nos raffales; leclercs et autres.
L'intégration partielle, a l'image de la France est pour moi un bon modèle.
Enfin, il est aussi bon de préciser l'article 89 de la Constitution prévoit la la révision parlentaire ainsi que référendaire.
Mais je doute que le Président actuel, ne fera la même "erreur".
Je ne sais pas quel sera le contenu exact du nouveau traité mais gageons qu'il sera différent, sinon ca la foutrait mal d'un point de vu démocratique (le même texte rejété par le peuple, approuvé par le Parlement).
Ah qu'il est difficile d'être Jacobin dans ce bas monde...
CHARTE DES DROITS, OTAN, RÉFÉRENDUM
Bonjour Juris (no 10 du 19 juillet).
D'abord, une correction à mon message 9 du 19 juillet :
Au 4)-3), il faut lire : "en l'absence" [et non pas "en raison"] d'une référence explicite à la Déclaration universelle".
Le TCE disposait : "La politique de sécurité et de défense commune de l’UE est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans le cadre de l’OTAN".
Cela signifie en clair que si un État membre - la France, par exemple - décidait de se retirer de l'OTAN, elle resterait sujette à la politique de défense de l'OTAN en vertu des traités fondateurs de l'UE, alors même qu'elle ne serait plus membre de l'OTAN et n'aurait officiellement rien à dire sur la politique de cette dernière.
Cette disposition était inacceptable : il ne s'agirait pas de bonnes relations de coopération entre deux organisations intergouvernementales, mais d'une véritable sujétion de l'UE à l'OTAN.
En ce qui concerne le RÉFÉRENDUM, il est vrai que la constitution prévoit la ratification parlementaire en même temps que la ratification référendaire.
Mais lorsqu'on a jugé utile, sur une question, de consulter directement le peuple plutôt que ses représentants - cela évidemment afin de donner plus de poids démocratique à la décision -, le bon sens et le parallélisme des formes exigent que si la question se représente on demande à nouveau au peuple de trancher - surtout si le peuple a dit "non" la première fois !
Il ne s'agit pas ici d'habileté politique, mais de vérité démocratique.
La vraie question est donc de savoir ce que le peuple a rejeté la première fois, et sur ce point les opinions sont diverses parce que la proposition référendaire débordait largement le cadre de l'organisation institutionnelle et portait sur des dispositions de politique économique compliquée.
Je crois pour ma part que le 29 mai 2005 le peuple a refusé d'avaliser un texte qui aurait "constitutionnalisé" des politiques sujettes à contestation.
À partir de là, il me semblerait possible de faire ratifier par la procédure parlementaire un texte qui ne reprendrait que les dispositions institutionnelles du TCE.
Cette question sera tranchée par le gouvernement et le Parlement conformément à l'article 11-1 de la Constitution, ainsi libellé :
"Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions, ou sur proposition conjointe des deux assemblées [...], peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des p;ouvoirs publics, [...] ou tendant à la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions."
Restera au Président de la République à décider de l'opportunité d'un référendum.
Que chacun - le gouvernement, le Parlement et le Président de la République - prenne ses responsabilités conformément à la Constitution !
En pratique, la procédure de révision de l'article 88-1 de la Constitution (voir mon message antérieur) règlera la question : comme je l'ai dit, cette procédure de révision me paraît nécessaire en droit et en logique. JR
Vous avez raison, mais le probleme c'est que vous extrapolez, les éléments.
Certes le vote du 29 mai s'est déroulé dans un climat de tension national, certes il est possible que le traité ait été mal expliqué.
Cependant, personne ne peut s'arroger le droit de faire le tri dans le vote des Français (de dire : ils ont dit non seulement a telle ou telle partie). Il y a bien sur des sondages, un consensus qui s'est développé, mais ils n'ont aucune légitimité politique.
Bien sur, Jacques Roman je ne critique pas votre analyse de la situation, mais cette analyse ne peut justifier le vote par le Parlement d'un texte reprenant en tout ou partie de dispositions rejeté par le Peuple.
C'est constitutionnel mais a mon sens, c'est un manque de respect envers 60 millions de nos concitoyens.
RÉFÉRENDUM ?
Juris (votre no 12 du 20 juillet).
Votre position est défendable.
Pour dire la vérité, j'ai signé la pétition de l'eurodéputé danois J. P. Bonde demandant que "tout nouveau traité soit soumis à référendum".
Mais si le Parlement, au terme d'un vrai débat, décidait qu'il n'y a pas lieu de passer par le référendum parce qu'il s'agirait essentiellement d'accepter des dispositions institutionnelles qui n'ont pas donné lieu à des objections majeures lors du débat référendaire, je crois que je pourrais aussi admettre cette position sans trop de remords de conscience.
C'est un peu normand, je sais. JR
Malheureusement vous le savez comme moi il n'y aura pas de vrai débat à l'Assemblée peut être au Sénat, mais encore.
Le fait majoritaire fait que les députés UMP ne vont jurer que la par "Le Président ci, Le Président mi", et l'opposition n'en parlons pas elle explosera entre les pro et les anti du 29 mai.
C'est effarant de voir, comment se sentent concerné les députés, sur des questions aussi essentielles, sur l'avenir et notre pays et les choix en matière de politiques étrangères qu'il fera.
Ces thèmes doivent normalement transcender, tous les partis afin de mener des dicussions intelligentes autour de ce qu'on y perd et ce qu'on y gagne.
Et que pensez-vous de Jacques Myard qui a refusé qu'on place le drapeau Européen dans l'hémicycle, à moins de le faire accompagner du drapeau de l'ONU?
DRAPEAUX
Personnellement je trouve ridicule d'exhiber des drapeaux (européen, français ou onusien) dans des espaces fermés, suffisamment reconnus et identifiés par ailleurs. Quand je vois le président de la République à la télévision, je sais déjà que c'est le président de la République française et que la France est membre de l'UE.
Cette pratique cocardo-décorative, à la fois inélégante et pléonastique (inélégante parce que pléonastique, pour être précis) nous vient, sauf erreur, des États-Unis et de leur amour excessif des banderoles. Il serait bon de revoir nos usages à cet égard, ce qui nous ferait faire une petite économie. JR