Quelques réponses...
Par Valéry Giscard d'Estaing le vendredi 15 juin 2007, 19:09 - Lien permanent
Edouard m'a demandé :
Pourriez vous nous expliquer pourquoi le projet de Constitution n'a pas été présenté en plusieurs fois à l'approbation des Etats, notamment lorsque des réticences sont apparues. Il semble dans votre exposé que la première partie puisse à elle seule former une Consitution puisqu'elle définit les nouvelles institutions, et que, n'étant pas constestée, elle ait pu (et dans une certaine mesure puisse encore être) adoptée. Il semblerait que face à cette urgence, la réintégration des traités existants dans un texte unique qui pose problème puisse attendre.
En réalité le projet a été présenté en plusieurs fois :
- au Conseil européen de Thessalonique en juin 2003 (présentation des deux premières parties)
- au printemps 2004, ce sont les gouvernements qui ont mis au point la troisième partie
On aurait pu les présenter séparément, mais d’une part, il y a des liens techniques entre la 1e et 3è partie (exemple : la terminologie des actes européens) ; d'autre part, il pouvait être souhaitable de réunir tous les traités dans un seul texte pour éviter la dispersion, source de confusion pour le citoyen.
Je reviens par ailleurs sur un argument de cha2 :
Si "constitution" il y a, elle doit être lisible. Au 21ème siècle, un traité a le droit d'être illisible, pas une constitution qui sert de socle à tout un continent.
Sur ce point, je suis d’accord avec vous. D’ailleurs, la partie institutionnelle ne comprend que 60 articles parfaitement lisibles. Il convient de les conserver en l’état. Ce texte est plus court que la Constitution de la Vè République !
PS : vous comprendrez que je ne puisse répondre à tous. Je tenterai ainsi d'isoler chaque jour quelques éléments pour entretenir un dialogue à batons rompus, sur des points essentiels, ou qui ressortent particulièrement de vos réactions.

Commentaires
Pouvez-vous répondre à l'article du Canard enchaîné vous accusant d'abus de biens sociaux ? Merci
Monsieur le Président,
J'entends votre appréhension par rapport à un traité trop simplifié, et je la partage. En matière de politique européenne, il faut être beau joueur et reconnaître que nous avons des orientations communes.
Cependant, je voulais savoir si les proposition de Ségolène Royal et François Bayrou sur le sujet (faire revoter les français) vous semblait réalistes?
N'y avait-il pas un risque en cas de nouvel échec (ni l'un, ni l'autre n'ayant l'envergure pour nous expliquer les vrais enjeux ) de voir l'Europe signer son arrêt de mort? Ne vaut-il pas mieux un traité imparfait adopté vite puis amélioré par la suite que des discussions à n'en plus finir qui seront faussées car l'Europe ne peut justement montrer son vrai potentiel notamment en raison des erreurs faites à Nice?
http://mitterrand.2007.over-blog.co...
Monsieur le Président,
Ne pensez vous pas qu'à terme la diplomatie française, notamment le droit de veto au conseil de sécurité de l'ONU, soit menacé directement par la création d'une présidence fixe de l'Union Européenne ?
Ne pensez vous pas non plus qu'en démultipliant les frontières européennes, nous nous sommes éloignés de cette volonté de mettre en commun qui nous unissait en 1957 pour devenir une simple zone de paix de commerce ? 27 Etats où chacun veut sa part et où il est impossible d'expliquer que la voix de l'Italie par exemple compte plus que celle de la Hongrie...
L'union politique me fait rêver et c'est bien le problème, elle semble loin des réalités d'aujourd'hui
Bonjour,
Il y a cette semaine en page 5 du Canard Enchainé un article vous concernant ou il est dit que vous auriez dépensé 18.886 euros d'argent public dans une réception en 2003 pour fêter... l'anniversaire de votre femme ! (ses 70 ans)
Que répondez vous à cela ?
Pourquoi a-t-on laisser entrer l' Angleterre dans l'europe, puisqu'elle n'a pas accepté l'euro. C'est
le cheval de Troie de l'Amérique en Europe pour la faire capoter et la transformer en une simple zone de libre échange. D'autre part la préférence commerciale européenne me parait essentielle . A ce chapitre il me reste en travers le comportement de la Pologne qui aprés une discussion épique pour obtenir des avantages financiers substantiels et qui les obtient, s'empresse de passer commande aux Américains d'avion de combat. Je sais que la défense européenne n'est pas encore trés crédible mais quand même !!! Le grand désastre a été de ne pas commencer par une Europe à 6 comme noyau dur du
continent. Mes questions sont sensibles mais la majorité des Français pensent de même. L'élargissement a été fait sans leurs avis directs.
Le PIB par habitant de la TURQUIE est 10 fois inférieur à celui de la Grèce qd elle a rejoint l'Europe il y a 10 ans. Il faudrait à la Turquie une croissance de 10% annuels pendant 15 ans pour qu'ellerejoigne les standards européens . Alors on est trés trés loin du compte;!!! , d'ailleurs c'est la Chrétienté qui a fait l'Europe. Aucun historien sérieux ne le conteste !!!
Ce ne sont pas les chers Frères qui changeront l'Histoire . !!!
Monsieur le Président,
J'ai construit quatre maisons dans ma vie. A chaque fois mon terrain était borné, les plans de ma maison étaient terminés avant le début des travaux, et le permis de construire m'était accordé.
La construction européenne est commencée depuis bientôt 60 ans mais nous n'avons toujours pas le plan de cette construction. Le Traité Constitutionnel ne m'a pas éclairé sur des sujets comme la pérennité de nos Nations au sein d'une fédération ou d'une confédération, sur les limites ultimes du territoire européen (de l'Atlantique à l'Oural ? De la Finlande à la Georgie ? Avec ou sans la Turquie ?).
J'ai deux questions :
1) Considérez-vous que le plan doit se modifier et s'adapter aux idées à la mode en même temps que l'on construit, au risque de bâtir une chimère, ou bien devons-nous avoir un projet solide, logique et complet avant de continuer ?
2) Que pensez-vous de M. Claudio D'Alelio et de l'Alliance pour les Etats-Unis d'Europe, de M. Christian Chavrier et du Parti Fédéraliste Français ? Ces gens me semblent inquiétants.
Merci, Monsieur le Président, pour tout ce que vous avez fait pour notre pays et pour l'Europe,
Respectueusement,
Maurice.
Monsieur le Président ,
Je n'ai toujours pas compris pourquoi l'élargissement de l'UE s'est faite AVANT l'adoption de la Constitution.
Respectueuses salutations.
Monsieur le président,
Ce blog est le bienvenu car 1+1> 2 ! Je suis aussi satisfait que lors de la sortie du film de Raymond Depardon 1974 ! ("mes contacts" aussi à qui je demandais sans cesse alors ce film sur GISCARD ?!)
Vive 2007 !
FL
Monsieur Valery Giscard d’Estaing,
Permettez-moi tout d’abord de saluer votre initiative qui j’espère contribuera à lancer un débat là ou pour l’instant je ne sens qu’attentisme de la part de Français qui semblent très heureux de voir leur Président nouvellement élu tenter de réparer seul, hâtivement et discrètement, ce qu’ils ont bruyamment détruit par leur Non massif à la Constitution Européenne. J’ai passé la campagne présidentielle a l’affût de toute déclaration sur l’Europe, je suis revenu tristement bredouille tant le sujet semblait tabou. Tentons donc de le remettre au goût du jour.
L’Europe est en panne en France par ce que les Français ne voient pas en elle une réponse à leurs besoins et parce que la classe politique française et surtout sa composante exécutive n’a pas su prendre là un rôle politique important sous la triste présidence de Monsieur Jacques Chirac. Avant de se pencher sur le texte de la Constitution comme vous le faite dans votre article, il me semble important de se remémorer pourquoi ce grand contributeur à la construction européenne qu’est la France, a soudainement dit Non à cette Constitution.
Rappelons que le Non Français a été on ne peut plus puissant puisqu’il a été prononcé par 54,68% des votant avec une participation de 69,3% des électeurs, une participation donc bien plus importante que celle beaucoup plus timide (43,1%) des élections européennes de 2004. Ce non intervient après une longue campagne électorale particulièrement intense. Le Non français du 29 mai 2005 est donc un Non longuement mûri, même si je reste convaincu que ce n’est pas un Non très réfléchi.
Rappelons aussi qu’il était difficile pour le Président de la République de ne pas recourir au référendum pour ratifier ce traité. Cela fait partie des traditions politiques françaises de poser directement une question aux électeurs. C’est ainsi que la France a ratifié en 1972 l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun (68% de oui) et que les Français ont ratifié en 1992 le Traité de Maastricht avec 51,4% de Oui pour une participation de 69,69%
Reste que le référendum est un outil relativement dangereux, qui enferme le débat dans le contexte politicien du moment, ce qui pollue bien sûr la consultation populaire. Et il faut bien dire que là le Président de la République n’a pas été très inspiré. Cette consultation intervenait dans un mauvais contexte social, le chômage était constamment au-dessus des 10%; le contexte politique était également tout à fait défavorable, avec l’impopularité croissante du gouvernement Raffarin, sans compter la frustration parfaitement compréhensible des électeurs socialistes ne voulant pas voté une deuxième fois pour Monsieur Chirac. La gauche française a eu la grande honnêteté républicaine de lui offrir une victoire écrasante en 2002 pour s’opposer bruyamment à Jean-Marie Le Pen. Qu’en avait-elle recueilli? Rien. Si ce n’est le plus grand mépris. Comment dans ces conditions répondre Oui à n’importe quelle question posée par cet homme qui n’a en rien compris la portée du coup de tonnerre des élections présidentielles de 2002. Il n’est dans ces conditions pas très étonnant de constater que si 75% des sympathisants UMP et 80% des UDF ont voté Oui en 2005, 59% des socialistes et 60% des Écologistes ont préféré répondre Non à la question posée par M. Chirac. Outre cette faute politique de 2002, non pardonnée par les électeurs, les Français connaissaient la médiocrité de l’engagement européen de l’auteur de l’appel de Cachin qui a rallié du bout des lèvres le camp du Oui à Maastricht en 1992, sans doute plus pour se conforter un avenir présidentiel, que par réelle conviction européenne. Le bilan particulièrement peu brillant de ce président en matière de politique européenne ne fait que confirmer ce triste fait, Jacques Chirac n’était sans doute pas le mieux placé pour poser une telle question aux Français.
Il est particulièrement intéressant de constater que la victoire du Non est une victoire progressive. Les Français sont tout d’abord très en faveur de ce texte, c’est un Oui instinctif, Oui à l’Europe, Oui à une plus grande clarté institutionnelle, Oui à un plus grand transfert de compétence, Oui à des votes à la majorité qualifiée pour que l’Europe avance enfin aussi vite que le monde n’évolue. Puis cette réponse instinctive va progressivement disparaître, le Non ne va cesser de progresser par un élargissement du débat. Discuter de questions institutionnelles pendant plusieurs semaines cela devient particulièrement ennuyeux. Par contre profiter de cette campagne pour souligner les manques et les faiblesses de l’Europe, pour évoquer des questions sociales traumatisantes, voila qui mobilise une France craintive et mal préparée face à l’avenir. La France est un pays coupé en deux avec une minorité qui accepte le nouveau monde, et une majorité frileuse et craintive qui paye le manque de courage de ses élites politiques depuis au moins 1995.
Il est ainsi particulièrement intéressant d’étudier la sociologie du non à la Constitution européenne. Les plus de 65 ans ont vote Oui, ceux de moins de 65 ont vote Non, doit-on en conclure à un vieillissement de l’idéal européen? Je ne le pense pas. Les plus de 65 ans sont les retraités, ceux qui ne sont plus dans la tourmente du monde du travail, devenu synonyme de peur dans une France incapable de se réformer. Ce sont les catégories les plus modestes qui ont voté Non, tout comme en 1992 pour le référendum sur le Traité de Maastricht, mais de manière beaucoup plus marquée encore (selon IPSOS, les ouvriers ont voté à 79% pour le Non soit + 18 points ; les employés à 67% soit + 14 points). Toujours selon IPSOS, les chômeurs auraient voté à 71% pour le Non, soit plus 12 points par rapport à 1992. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise et professions intermédiaires ont voté contre le Traité constitutionnel alors qu’ils avaient soutenu le Traité de Maastricht. IPSOS indique que 51% des artisans, commerçants et chefs d’entreprise auraient voté Non contre le même pourcentage pour le Oui en 1992 tandis que les professions intermédiaires seraient passées, de manière plus significative, d’un soutien de 62% au oui en 92 à une majorité de 53% pour le Non en 2005. Le sondage IPSOS montre d’ailleurs la fracture importante entre le soutien au Oui (63%) des foyers dont le revenu mensuel est à plus de 3000 Euros tandis qu’il varie de 35 à 42% au sein des foyers dont le revenu est inférieur à 3000 Euros.
Un autre clivage divise la France, le monde rural vote largement pour le Non, la France urbaine, et encore plus la France des centre-ville, vote majoritairement Oui. Apparemment c’est dans les villes que l’on se connecte mieux sur le village monde et il y est plus facile de s’adapter aux temps nouveaux. Paris vote massivement Oui (66,5%) avec un taux de participation à 75%.
La France de M. Chirac est une France qui a peur, qui oublie rapidement la question posée pour exprimer ses angoisses devant un monde qu’elle ne comprend pas, devant une Europe qui n’est plus synonyme d’union donc de force, non, l’Europe ne protège de rien, elle est synonyme de libéralisme effréné, de globalisation non maîtrisée, elle procède sans cesse à des élargissements vers des pays à bas salaires, symboles de délocalisation et de chômage, vers des pays qui comme la Turquie ne sont même pas européens et ont des démographies délirantes au regard du chômage français. L’Europe semble avoir perdu la tête. La France dit Non à cette Europe. On est très loin du sujet du référendum, le Traité parle de toilettage institutionnel, la France, elle, se bat avec ses psychoses et avec le politiquement correct délirant de ses élites politiques. N’essayez pas d’argumenter, il ne s’agit pas de raison, mais de crainte, d’un pays désemparé. On ne pallie pas à des décennies de non-réforme par des mots raisonnables lors d’une campagne électorale.
Il faut aussi admirer l’habileté de la gauche extrême à transformer la question posée. Les Français sont invités par cette Gauche non pas à se prononcer sur le Traité Constitutionnel mais sur la Directive Bolkenstein, cadeau inespéré pour les partisans du Non. Pensez donc le calendrier européen offre à la France une réflexion sur les services publics, sujet favoris des Français. La Gauche crie haro sur le baudet, comment voter Oui pour cette Europe qui veut démanteler les sacro-saints services publics français. En fait ce n’est pas la gauche française, mais le Parlement Européen, bien après le référendum français, qui a profondément remanié ce projet de directive, tellement remanié qu’il n’en reste pas grand-chose. Le 16 février 2006 le Parlement Européen exclut le droit du travail, les services publics et les services sociaux du champ de la directive et supprime le principe d’origine ce qui oblige la Commission a devoir présenter un nouveau projet le 5 avril 2006. Bref ce dossier qui a complètement pollué le débat sur la constitution en France a été réglé en toute sérénité par le Parlement Européen. Cet épisode en dit long sur l’ignorance, l’incompréhension, voire le manque de confiance des Français dans le processus démocratique européen, dans lequel le Parlement Européen joue un rôle certain. Ceci en dit long également sur le manque de pertinence politique du Président de la République qui disposait lui d’un calendrier beaucoup plus large et qui aurait pu attendre que cette question de la directive Bolkenstein soit tranchée par le Parlement Européen pour poser la question du référendum dans un contexte politique européen beaucoup plus serein. Il ne fallait pas être fin politique pour imaginer quelles incidences cette directive aurait sur le vote français.
Le rappel de ces causes vous a sans doute semblé bien long, mais il est cependant essentiel puisque ce sont bien ces causes qui doivent être adressées par la France aujourd’hui. Il ne s’agit pas de tricher en cachette avec les électeurs pour passer en force quelques réformes institutionnelles jugées indispensables par ce qui deviendrait alors réellement une minorité, il s’agit de réconcilier les Français avec le projet européen et d’infléchir ce projet s’il apparaissait qu’il s’éloigne trop des aspirations de nos concitoyens.
Il est bien sûr tout a fait regrettable que le président Chirac n’est pas eu l’honnêteté intellectuelle, la modestie, ou tout au moins la perspicacité, de comprendre qu’il aurait mieux fait de laisser a son successeur le rôle de porter un oui massif et fier a ce texte qui aurait pu être le symbole d’une formidable étape dans cette magnifique aventure qu’est la construction européenne, aventure a laquelle, Monsieur Valery Giscard d’Estaing, vous avez si brillamment contribué. Car que voyons nous aujourd’hui? En l’espace de quelques semaines le président Sarkosy a complètement changé la donne, il y a de nouveau un pilote dans l’avion européen français, ce pilote dit haut et fort que l’Europe doit avoir des frontières et que la Turquie est hors de ses frontières (et non pas hors de notre champs d’intérêt et d’amitié), il dit que l’Europe doit redonner un sens au concept de préférence communautaire et ne pas être simplement une espace ouvert à tous les vents. Le temps des médiocres gestionnaires passifs semble être terminé, le temps du politique est revenu, et je le salue. Voila quelle doit être l’Europe en mouvement, une Europe qui n’est pas un simple argument politiquement correct d’un salon retiré du monde, mais une Europe battante pour affronter un monde lui-même en mouvement. Ceci les Français le voient et l’approuvent, la rupture est déjà là. Il ne reste plus qu’à les convaincre que cette Europe, Monsieur Valery Giscard d’Estaing, gagnerait grandement a être encadré par le texte constitutionnel que vous nous avez présenté.
Alors que faut-il faire? Rouvrir la boite au Pandore comme le fait le président Sarkosy? Personnellement je ne le crois pas. Le traité établissant une Constitution pour l’Europe est très complexe, fruit d’équilibre âprement discutés. Chacun bien sûr a son lot de critiques, et pour ma part, d’ailleurs, j’en retiendrais principalement sept :
- on accorde trop d’importance à la représentation des nations dans la composition de la Commission (I.26.1), de la Cour de Justice (I.29.2) et de la Cour des Comptes (I.31.3);
- même si on progresse par rapport au Traité de Nice, on reste trop restrictif en matière de Coopérations Renforcées (I.44 et III.420, nécessité de la participation au minimum du tiers des Etats, autorisation nécessaire de la Commission);
- il manque cruellement dans ce texte une définition géographique de l’Europe alors que tout Etat européen a vocation de rentrer dans l’Union Européenne (I.1 et I.58.1);
- je ne pense pas que ce texte ait du s’appeler Constitution, une constitution est un texte court, éminemment politique qui ne souffre pas de se perdre dans des détails économiques ou monétaires, c’est très certainement une des raisons (parmi beaucoup d’autres) du rejet français;
- malgré de réels efforts de communication ce texte souffre de n’être pas le fruit du travail d’une assemblée constituante réellement mandatée par le peuple européen;
- la partie institutionnelle de ce texte (Partie I) ne se suffit pas à elle-même et nécessite de nombreuses références à la partie III, surtout en ce qui concerne la PESC (Titre V Ch II) et le fonctionnement de l’Union (Titre VI);
- Enfin, et peut-être surtout, si le Conseil européen prend un nouvel élan avec l’élection, en son sein, d’un Président pour une durée de deux ans et demi, la Commission, qui est le véritable exécutif européen, n’est pas suffisamment politisée. Le Parlement est certes invité à élire le Président de la Commission, mais celui-ci reste proposé par le Conseil (I-27). On reste dans un cénacle fort éloigné des électeurs, ce qui motive aussi en grande partie le malaise français. J’aurais beaucoup aimé que les Conventionnels européens aient l’audace de proposer que le Président de la Commission soit le Président du parti, ou de la coalition, majoritaire au Parlement Européen, et qu’on lui confie la responsabilité de nommer une Commission qui serait confirmée par un vote du Parlement et du Conseil. Voilà qui lui donnerait plus d’assise politique et qui encouragerait l’émergence de véritables campagnes électorales européennes. L’Europe ne gagnera que si elle parvient à créer une réelle légitimité politique qui lui fait encore dramatiquement défaut.
Je vous fais grâce des points positifs trouvés dans ce texte, il sont trop nombreux et ont motivé un Oui très sincère.
Alors que faire? Vous dites, Monsieur Giscard d’Estaing, ‘’oui à un Traité honnêtement simplifié’’, mais vous ne dites pas comment et tout votre article, sauf votre respect, tend à montrer que vous rester extrêmement prudent, pour ne pas dire opposé, à toute modification.
Je comprends la démarche du Président Sarkozy même si j’ai du mal à y souscrire, je comprends son obsession que ma fois je partage, puisqu’on ne peux pas laisser l’Europe en panne infiniment, nous n’avons perdu que trop de temps. Mais je demanderai au Président Sarkosy d’analyser très objectivement ce qu’il est en train de faire. Le risque est de voir la France s’arroger le droit de mettre à bas le fruit d’un très grand travail réellement européen, et déjà ratifié par 18 Etats sur 27, soit 67% des Etats. La France doit-elle prendre un rôle moteur dans la relance européenne? Bien évidemment. La France doit-elle avec son arrogance coutumière mettre à la poubelle un texte ratifiés par 240 millions d’Européens, soit 52,86% des 454 millions de citoyen de l’Union? Ma réponse est clairement non. Si j’avais l’honneur de conseiller le Président Sarkosy sur ce sujet et alors que je n’ai pas eu la chance de pouvoir lire ce que la France a répondu à la Bundeskanzlerin Merkel, je lui conseillerais la politique suivante :
- Tester auprès de nos partenaires la possibilité de faire du président du parti, ou de la coalition, majoritaire au Parlement Européen, le Président de la Commission et de lui laisser la responsabilité de nommer une Commission qui devra être confirmée par un vote du Parlement et du Conseil,
- Demander au Parlement Européen d’arrêter une définition géographique claire de ce qu’est l’Europe,
- Demander au Parlement Européen d’entamer une réflexion approfondie sur ce que doit être l’Europe sociale et fiscale,
- Enfin, mais uniquement après ce qui précède, puisque c’est bien dans ce qui précède que réside la réponse au Non français, enfin donc, demander au Conseil Européen d’autoriser la France de modifier la forme du Traité établissant une Constitution pour l’Europe, afin de pouvoir
o ratifier par referendum les Partie I et II du Traité présentées sous l’appellation Constitution pour l’Europe après avoir été très légèrement modifiées pour en effacer toutes les références (peu nombreuses) aux autres Parties du Traité.
o Remettre à plus tard la ratification par le Parlement du reste du Traité, bizarrement la partie la plus critiquée par les Français alors que c’est la seule qui soit depuis longtemps en application.
Une telle démarche constituerait à mon sens un geste politique très fort et digne de la France,
- qui ne peut se permettre de tricher avec le Non massif de ses concitoyens, mais qui s’appuierait sur le changement politique majeur qui a lieu le 6 mai dernier; les Français sont je pense prêts à dire Oui aux parties I et II pour autant que la campagne électorale soit courte, s’appuie non pas sur des arguments juridiques mais sur une nouvelle dynamique politique française et l’engagement de son Président à faire de l’Europe un espace défini, autant conquérant que protecteur, un projet fait non pas pour suivre aveuglement une idéologie mais pour réellement assurer à ses concitoyens un avenir meilleur,
- qui donnerait à l’Europe la clarté institutionnelle dont elle a besoin,
- qui respecterait le poids démocratique incontestable des 18 ratifications déjà acquises et qui donc intègrerait parfaitement notre pays dans une Europe qui a certes un vif besoin des fiertés nationales mais en aucun cas de l’arrogance de la France,
- qui relègue les Parties III et IV à ce qu’elles sont, une excellente initiative de clarification qui ramène à un seul texte l’héritage de trop nombreux traités antérieurs, œuvre salutaire mais qui n’apporte aucune avancée particulière et donc dont la ratification n’exige aucun engagement politique particulier vis-à-vis des électeurs,
- qui permettrait une sortie crise par le haut.
Trouve-t-on cette proposition trop hasardeuse? L’alternative n’est pas de défaire ce que l’Europe a bien fait uniquement parce que les Français ne sont pas prêts. Alors il faut leur donner encore davantage de temps afin que les réformes tant annoncées et espérons réellement agendées, portent leurs fruits et libèrent les Français de leurs craintes et de leurs frustrations.
On m’objectera que le processus de ratification ne se heurte pas seulement au non français et néerlandais, mais à l’opposition prévisible de la Grande Bretagne, de la Pologne ou de la République tchèque. Peut-être mais ce n’est pas à la France de prendre l’initiative du dé tricotage constitutionnel, elle devrait d’abord s’attacher à ratifier ce texte, puis prendre des initiatives qui permettent la coexistence de deux Europe, une régie par la Constitution, l’autre à l’extérieur de ce premier cercle. Le véritable défi actuel est de permettre aux Etats ayant ratifié la Constitution de pouvoir l’appliquer au plus vite au sein d’un espace malheureusement plus restreint, en attendant que les autres Etats veuillent bien élargir ce premier cercle. J’ose espérer que la France voudra appartenir au premier de ces cercles et rejeter une Europe au rabais négociée en catimini qui ne fera que créer une opposition plus virulente contre une Europe imposée, une fois de plus, de façon tout à fait non démocratique.
Georges Dérine
27.3.1894 Douadic
11.10.1916 Barleux la Maisonnette (Somme)
Bonne chance à vous.
Monsieur Le Président,
Afin de faciliter l'interaction avec les commentateurs, il peut être plus simple de regrouper quelques "familles de commentaires" sur vos billets, afin d'y répondre ponctuellement. En effet de nombreuses remarques sont redondantes.
M. le Président,
Quelques remarques sur la construction européenne: (suite)
Remarque sur le nombre d' états membres:
D'un coté il est salutaire que le plus grand nombre détats européeens (voire même "presque europeens'" comme la Turquie entre dans l' Europe Unie car ceci renforce l' espace de -relative- prospérité dans lequel nous avons la chance de vivre en paix sachant que par réccurence si chaque état s'entend avec ses voisins la paix est bien plus surement assuré eque par tout autre moyen
Dans le même temps à l' intérieur des frontières actuelle de l' Europe des 27 il demeure des tensions fortes entre états voisins et historiquement ennemis. Le cas de l' Allemagne et de la Pologne dont les populations ne sont pas véritablement reconciliées est à la fois typique et préoccupant ; de même les tchèques se séparent des slovaques après près de 50 ans de vie commune pourtant considérée (vue de France tout au moins) comme paisible et sans problème
La marche en avant de l' Europe unie ne peut se faire si elle repose sur des ambiguités et des animosités telles que la situation germano-polonaise,ou alors elle est fictive et superficielle
Il faut avoir la sagesse de temporiser sur l' augmentation des adhésions tant qu' une prospérité et une sérénité n' auront pas été retrouvées dans l' Europe des 27
A défaut on court de graves risques de frictions contenues qui éclateront de manière grave et incontrôlable
M. le presisent
Comment fait t'on pour être chef, chef?